Développement durable et numérique

Développement durable et numérique

Loin de moi l’idée de nier l’impact du numérique sur l’environnement. Je perçois parfaitement la course à l’équipemenent, ses éxagérations et son incompatibilité avec une démarche développement durable. Bien sur, comme toute activité humaine le numérique a un impact! Mais comment qualifier cet impact et les émissions carbone engendrées? Est-il important, négligeable?

Numérique et écologie

Peut-on imaginer caractériser l’impact écologique du numérique globalement comme on caractérise celui des transports ou du chauffage domestique? Je continue à affiner ma perception sur ce sujet. Mais lorsque je lis des articles comme https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-carre/l-edito-carre-01-decembre-2020, je me dis qu’il manque un raisonnement derrière les chiffres affichés : J’aime particulièrement les calculs : les « Mercis » envoyés par mail représenteraient quelques 16433 tonnes équivalent carbone ou 280 000km en voiture (on émettrait donc 58kg/km parcouru en voiture…) ou 40 000 aller retour Londres-Madrid (on émettait donc l’équivalent carbone de 7km en voiture en faisant un aller-retour Londres Madrid en avion!! Il va falloir que je me remette à prendre l’avion alors!)… J’ai pris un exemple contenant une erreur flagrante et il est évidemment plus délicat de déterminer aussi clairement la véracité d’autres publications car on manque clairement de références auxquelles se raccrocher pour évaluer ces publications souvent très vagues et restant dans des généralités.

Le buzz

Le think tank Shift project avait enflammé le net avec un rapport (qu’il avait lui même corrigé par la suite car ayant exagéré de 80 fois certaines émissions) qui fait long feu car toujours repris par de nombreuses publications (ça fait toujours le buzz des chiffres aussi alarmistes). On comprend bien qu’il est nécessaire au lecteur de disposer de points de repères transparents que l’on peut s’approprier beaucoup plus aisément.

C’est pourquoi j’aime beaucoup le raisonnement diffusé dans cet article. Particulièrement le paragraphe sur la vidéo « Despacito » qui permet enfin d’appréhender de façon compréhensible une donnée :

Another recent claim on Channel 4 Dispatches estimated that 7bn YouTube views of a 2017 hit song – “Despacito”, by Luis Fonsi and Daddy Yankee, featuring Justin Beiber – had consumed 900 gigawatt hours (GWh) of electricity, or 1.66 kWh per viewing hour. At this rate, YouTube – with over 1 billion viewing hours a day – would consume over 600 TWh a year (2.5% of global electricity use), which would be more than the electricity used globally by all data centres (~200 TWh) and data transmission networks (~250 TWh).

La réalité

On voit bien ici que l’estimation de l’impact de cette vidéo doit absolument être réévaluée! Mais grâce à ces éléments, on peut enfin envisager d’obtenir non pas une évaluation exacte mais une fourchette haute de la consommation d’un usage de type streaming qui se situerait ainsi à un niveau 200 fois moindre! Peut-être même approcherait-on des 0,018 kgCO2e évalués par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) dans une note publiée sur Carbon Brief (on est bien loin des 3,2kgCO2e du rapport original du shift project!). Ca reste insatisfaisant car on ne dispose toujours pas d’une évaluation précise mais on obtient une borne haute. Utilisons cette borne…


Quel que soit ce niveau haut, comment le caractériser? Faut-il continuer à s’en alarmer malgré la baisse importante?

source : https://www.capital.fr

Des éléments de comparaison

C’est là que le second point de réflexion apparaît : il me semble évident que quelque soit le chiffre final obtenu, il est absolument nécessaire de le mettre en regard d’un élément de comparaison (en effet, il ne s’agit pas d’un service nouveau mais d’un service qui prend la place d’un autre) et non pas de le prendre dans l’absolu : à quel autre usage équivalent ramène-t-on l’heure de visionnage d’une vidéo en streaming? A une heure au cinéma? Mais alors quel est donc l’impact carbone d’une telle heure au cinéma (j’habite pour ma part à 25km du cinéma le plus proche et j’ai une famille de 5 personnes…). Ainsi même avec l’estimation haute de shift project (qui équivaudrait à un déplacement de 30km en voiture) on voit que sans compter la construction du cinéma, son chauffage…, on arrive à des niveaux d’émission relativement similaires. Il semble donc qu’avec la ré-évaluation des émissions du streaming, un net avantage apparaisse qui incite à regarder son film préféré de chez soi. Surtout que s’il s’agit de votre film préféré, rien ne vous empêche de ne le télécharger qu’une fois pour en profiter plusieurs fois!

Ce raisonnement ne vaut pas pour toutes les mises en oeuvre du numérique. Je m’interroge sur la pertinence de la 5G. La plus value mérite-t-elle le coup énergétique supplémentaire? La question reste entière pour moi. D’une manière globale, il me semble que chaque nouvelle solution (numérique ou non) devrait être évaluée avec ce prisme avant d’envisager sa mise sur le marché. Illuminations de noël, enseignes lumineuses, courses automobiles, autant de pratiques à propos desquelles il conviendrait de s’interroger … Bref, certains volets du numériques doivent très certainement être remis en cause mais on ne peut pas appréhender l’ensemble du numérique d’un seul tenant. Les coûts de certains usages me semblent parfaitement acceptables au regard de ce qu’ils remplacent. Ceci ne signifie pas qu’il faut cesser de chercher des améliorations…

Laisser un commentaire